Les mécanismes de la désinformation climatique

La désinformation n’a rien de nouveau. Elle servait déjà dans l’Antiquité à manipuler l’opinion. Le problème, aujourd’hui, c’est que les fake news se propagent plus vite. Et, quand elles s’attaquent au climat, elles menacent notre santé, notre économie et notre démocratie.


Le climatoscepticisme est-il fort en France ?

Si 4 % seulement des Français nient le changement climatique, 28 % conservent un certain scepticisme.

Pour eux, le réchauffement est naturel, sans lien avec les activités humaines, et les scientifiques en exagéreraient les risques. C’est ce que révèle le 26e Baromètre de l’ADEME sur les représentations du changement climatique, publié fin 2025. « Nous sommes submergés d’informations, note Katia Lefeuvre, directrice exécutive de la mobilisation pour la transition écologique à l’ADEME. Cela conduit certains à délaisser les journaux télévisés, la radio, la presse écrite et leurs applications, et les autres à avoir de plus en plus de mal à distinguer le vrai du faux ». Il apparaît donc essentiel que les journalistes corrigent en direct une fausse information portée par un éditorialiste ou un invité, afin d’en réduire l’impact. D’autant plus que des extraits peuvent ensuite être repris sans contextualisation sur les réseaux sociaux.

3 Français sur 4

estiment avoir l’esprit critique, mais seuls 16 % associent cette notion à la capacité de se méfier de ses propres intuitions.

Quel rôle jouent les réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux deviennent centraux dans l’information des Français, notamment des jeunes.

Il est difficile de ne pas faire le lien avec la hausse de la désinformation. Les 18-24 ans, dont 57 % s’informent principalement via les réseaux sociaux (contre 30 % de la population générale), sont aussi les plus climatosceptiques : 14 %, contre 9 % des 25-34 ans, et moins de 4 % des plus de 35 ans. Les algorithmes, en nous présentant des contenus proches de nos habitudes de navigation, nous enferment dans des bulles informationnelles. Et cela finit par nous influencer. Le système de rémunération des créateurs de contenus, fondé sur le buzz plus que la fiabilité, amplifie encore le phénomène. Souvent plus engageantes, car plus originales ou sensationnelles, les fake news ont un potentiel viral plus élevé, ce qui permet à leurs auteurs de gagner des abonnés, donc d’augmenter leurs revenus.

2 %

seulement des fausses informations climatiques circulant sur Facebook, Instagram, X et YouTube font l’objet d’un fact-checking(1).

Notre rapport à la science a-t-il changé ?

La parole scientifique, centrale dans le débat climatique, est plus souvent remise en question, notamment depuis la Covid-19.

Tout au long de la crise sanitaire, sur les plateaux de télévision et de radio, les chercheurs ont exposé leurs incertitudes scientifiques. Certaines personnalités avaient alors présenté ces incertitudes, inhérentes au travail en laboratoire, comme des contradictions. Comme cela a boosté leur audience, des médias ont aussi mis en scène ces supposés désaccords, et continuent de le faire sur d’autres sujets, comme le climat. Pour Katia Lefeuvre, « la multiplication des débats contradictoires à la télévision, mettant sur un pied d’égalité scientifiques et éditorialistes, a contribué à brouiller la frontière entre faits et opinions, au point de faire oublier, parfois, que l’écologie est une science, pas une idéologie. Néanmoins, l’image des sciences reste très positive ». 80 % des Français pensent que les sciences permettent de mieux comprendre le monde, et 78 % continuent d’estimer qu’une affirmation validée scientifiquement a plus de valeur. Une bonne nouvelle, qui n’empêche pas de rester vigilant : les auteurs de désinformation climatique n’hésitent pas à faire eux aussi référence à la science, sans préciser que leurs experts sont hors sujets, ou que leurs données sont vraies mais incomplètes.

Depuis 2007,

aucun scientifique de calibre national ou international n’a contesté l’origine anthropique du changement climatique(2). Un consensus inédit.

Quels impacts pour la transition écologique… et la démocratie ?

En instillant le doute sur la réalité du changement climatique et l’efficacité des solutions, la désinformation freine l’action.

« La confiance est indispensable à la mobilisation citoyenne, explique Katia Lefeuvre. On l’a vu après la guerre en Ukraine, quand tout le monde – politiques, entreprises, associations… – a tenu le même discours sur les risques de pénuries d’énergies fossiles et la nécessité d’une plus grande sobriété ». Cela a permis de réduire les consommations d’énergie, sans contestation majeure. À l’inverse, la désinformation nous retient d’agir. « Les conséquences ne sont pas qu’environnementales, ajoute Valérie Martin, cheffe du service Mobilisation Citoyenne et Médias à l’ADEME. L’inaction a un coût, et celui-ci sera toujours supérieur à celui de l’action : hausse des événements météorologiques extrêmes, émergence de nouvelles maladies infectieuses, pertes de rendements agricoles, etc. En atténuant le phénomène, les énergies renouvelables et autres solutions de la transition écologique limitent ces risques tout en renforçant la compétitivité et la souveraineté de l’économie, donc le pouvoir d’achat et la qualité de vie des Français. » Dans un rapport publié en juin 2025, le panel international sur l’environnement de l’information (IPIE) alerte même sur le risque démocratique du « scepticisme stratégique » qui, porté par certains partis d’extrême droite et certaines entreprises fossiles pour ralentir la transition écologique, alimente la défiance envers les institutions et nuit au débat public.

417 Mds $

C’est le coût estimé de la désinformation dans le monde, selon certaines études.

Que disent les lois ? 

« Plusieurs initiatives, nationales et internationales, ont émergé récemment pour encadrer la désinformation climatique », souligne Valérie Martin.

Ainsi, la France fait partie des douze pays qui, lors de la COP 30 de Belém (Brésil) en décembre 2025, ont signé la Déclaration sur l’intégrité de l’information en matière de changement climatique. L’Assemblée nationale a adopté, en janvier 2026, une résolution invitant la Commission européenne et le gouvernement français à s’emparer du sujet. Et l’Élysée a annoncé en mai qu’un plan national pour l’accès à l’information sur l’environnement et le climat sera présenté cet été. La stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, lancée en janvier par le ministère de la Santé, pourrait servir de modèle. Les enjeux sont similaires pour tous les domaines touchés par ce fléau.

9 recommandations

ont été formulées dans le rapport qui a servi de base à la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé.



(1) Center for Countering Digital Hate, 2025.
(2) Institut national des sciences de l’Univers (CNRS).